Du lundi 21 avril au samedi 10 mai 2014

[Attention roman !]

Une fois n’est pas coutume, c’est moi – Julie – qui prends la plume.
[Bah oui, je dois vous avouer que Pascale écrit la plupart des posts car moi, je gère des choses bien plus compliquées : les photos et les vidéos. Du coup, pas le temps de tout faire !]

Je prends donc la plume car je me sens un peu obligée de le faire vis-à-vis de ma famille. Je ne voudrais pas qu’elle pense que je renie mes origines en laissant une « vraie blanche » conter notre voyage au Vietnam.
[Ah oui, il faut que je précise pour ceux qui ne le savent pas que mon « papounet » est vietnamien d’origine avec les yeux bridés, la peau jaune, la tête bien ronde et même l’accent paraît-il ! Je suis donc un peu aussi vietnamienne…]

Alors commençons ce retour sur notre voyage dans le nord du Vietnam. Tout a commencé par un passage de frontière côté Dien Bien Phu. Des copines nous avaient avertie « Attention ! Ca va être compliqué de passer avec une moto ! ».
[Ah oui, on a oublié de vous dire : on a fait l’acquisition d’une moto le 6 avril à Vang Vieng au Laos. Un gentil couple américain nous l’a vendue pour quelques sous en nous assurant : 1) qu’elle marchait du tonnerre et 2) qu’on passerait la frontière sans souci car elle était immatriculée au Vietnam.]

Passer une moto vietnamienne du Laos au Vietnam a donc été une formalité si on fait abstraction des deux heures d’attente côté poste-frontière lao, dues à la pause déjeuner des douaniers ! L’arrivée à Dien Bien Phu a, quant à elle, été des plus épiques car, pour la première fois en 4 mois, nous avons fait chambre à part.
[Bah ouaih, une journée entière le cul sur une moto, même avec le meilleur des sièges, ça créé des tensions !]

A part, on ne l’est quand même pas resté puisqu’on s’est vite réconcilié. On a donc continué notre virée sur une route pas mal cabossée. Les premiers paysages croisés n’étaient pas des plus mémorables (j’arrête les rimes). Ce n’est qu’en arrivant dans la région de Sapa qu’on a pris une claque « C’est beau, hein ? ». On avait prévu d’y retrouver Aurélie et Léo.
[Pour ceux qui n’ont pas suivi, Aurélie, c’est une nana qui joue dans une batucada, les Mulêketù. Léo, c’est son mec. Ils sont partis pour un tour du monde en août et on les a retrouvés « par hasard » au Népal, en Inde deux fois, au Laos et au Vietnam. Pas vraiment le hasard moi j’dis ! Je crois qu’ils s’ennuient en fait…]

Aurélie et Léo ont donc loué un scooter.
[Ah oui, ils voulaient faire le trajet d’Hanoï en deux roues mais quand ils se sont rendus compte que voyager à moto, ce n’était pas pour les rigolos et qu’on ne faisait qu’une centaine de kilomètres par jour, ils ont préféré venir en bus !]

A scooter et à moto, on est donc parti explorer la région de Sapa : les villages de Ban Ho, Nam Cang, Ban Saï, Ban Kim et les différentes « ethnies minoritaires » (je n’aime pas cette appellation mais ce n’est pas moi qui le dis!) qui la peuplent : les Hmong en habits noirs, colorés et en guêtres, les Dzao avec leur coiffe rouge et leurs lunettes de vue old school, les Thaï avec leurs « fichus » sur la tête. Un peu sommaire et primaire comme moyens de reconnaissance j’en conviens mais on a fait comme on a pu !
[Je dois également préciser que tout touriste qui pose les pieds dans la ville de Sapa est immédiatement assailli par une horde, non DES hordes de femmes Hmong et Dzao, toutes « déguisées » pour l’occasion évidemment, qui espèrent soit vous vendre une pièce de leur artisanat, soit vous faire venir dans leur village. C’est ainsi que chaque touriste est escorté par son groupe de « poissons pilotes », comme Pascale aime à les appeler, sur des dizaines de mètres et pendant des heures jusqu’à… bah jusqu’à ce qu’on leur achète quelque chose ! A noter quand même, elles sont toutes étonnamment polyglottes alors que tous les vietnamiens rencontrés jusqu’à présent ne connaissent pas un mot d’anglais !]

On a donc pu s’émerveiller devant la beauté et l’immensité des paysages qui s’offraient à nous : montagnes et rizières à perte de vue « C’est beau, hein ? ». Découvrir les différences culturelles des ethnies a aussi été particulièrement enrichissant. Rien n’aura pu entacher notre plaisir pendant ces trois jours : pas même le temps couvert et pluvieux, pas même les chemins boueux, pas même les gars bourrés qui voulaient nous tripoter, pas même Minsk qu’on a failli casser.
[Avouons le quand même : Pascale est repartie avec un pantalon Dzao et moi un pantalon Hmong !]

Et la casser, on a bien cru qu’elle l’était ! Car en repartant de Sapa (sans nos copains) en direction de Ha Giang (c’est ici que je vous invite à vous munir d’une carte du Vietnam pour suivre nos péripéties), nous avons vécu ce qu’on croyait être la pire des journées. Deux routes menaient au même endroit et étaient matérialisées sur notre téléphone de la même manière.
[Ah oui, pour ceux qui pourraient être intéressés et qui possèdent un smartphone : l’application Google Maps est géniale ! Vous préchargez les cartes à l’avance en wifi et quand vous êtes in the middle of nowhere, vous regardez votre carte et, magique, vous êtes localisés par le GPS de votre téléphone ! Bon ok, c’est flippant aussi ce GPS… Merci Marianne pour ce bon plan.]

Mais pas de la même manière sur la carte papier ! Sauf qu’on avait oublié de la regarder celle-là ! Du coup, après quelques kilomètres sur une route déjà accidentée, lorsque le choix s’est présenté, nous ne pouvions prendre qu’une route en travaux ou une route en béton. Pensez-vous donc qu’on a emprunté la route en béton. Sauf que ladite route s’est transformée en route trouée, puis en route cailloutée, puis en route en montée, puis tout ça en même temps ! S’en sont suivis plusieurs kilomètres à décharger la moto, à descendre de la moto, à pousser la moto, à monter seule sur la moto, à redescendre à pied récupérer les sacs à dos, à remonter les sacs à dos. Seule récompense de ce choix fort judicieux : les paysages, ô combien splendides ! Cela a duré des heures. Trois pour être exacte. Pour faire… 5 kilomètres !
[Faut-il ajouter que quelques motos / scooters nous ont dépassées avec 3, voire 4 personnes chargées dessus et elles montaient tranquillement ! Ça énerve !]

Après 5 kilomètres, on s’est dit qu’il serait bien de laisser la moto se reposer car elle avait bien travaillé et surtout qu’elle ne nous avait pas lâchées. Nous voilà donc à descendre plusieurs kilomètres jusqu’à Coc Paï, moteur éteint et robinet d’essence ouvert. Quelle mauvaise idée !
[On précise qu’on a de nouvelles compétences depuis qu’on a la moto. On diagnostique nos pannes ! On pense passer notre CAP mécanique à notre retour…]

Quelle mauvaise idée ! Au moment de remonter, la moto ne voulait plus avancer, plus aucune énergie pour nous trimballer. Bref, elle avait déjà tout donné ! C’est là qu’on a de nouveau failli s’engueuler, les nerfs commençaient à lâcher, on n’avait qu’une envie : pleurer ! Il fallait la remonter en côte (10%) sur trois kilomètres pour trouver un garage. Pas moyen de la pousser avec nos sacs et tout notre attirail moto (+50kg). Du coup, on a laissé Minsk, on est remonté à pied chargées comme des mules et, ô miracle, on a trouvé une guesthouse à un kilomètre. A peine nos affaires balancées, on a été invitées à partager le dîner avec des ouvriers, à même le sol, nos pieds qui puent sous leur nez !
[On précise : ni l’une ni l’autre ne sentions des pieds avant de partir en tour du monde. Mais ça, c’était avant !]

Nos nez et nos palais ont souffert pendant ce dîner car, comme Pascale l’a si bien raconté dans une vidéo à venir, « on a testé les plus mauvais morceaux du cochon : couenne, poils, gras ! ». Le tout arrosé d’alcool de riz, sûrement le plus mauvais qu’on ait eu à boire !
[Aparté encore : le « zio » ou alcool de riz vietnamien nous est proposé par tous les hommes, pochtrons de surcroît, dans tous les villages que nous traversons. Pas moyen de bouffer tranquille sans que quelqu’un vienne, gentiment et amicalement certes, nous faire trinquer. Allez un petit verre cul sec « Tsou tsou coué ! »]

A boire, c’est de l’eau qu’il nous aurait fallu rien qu’à penser aux trois kilomètres qu’on allait devoir se taper à pousser la moto. On est quand même reparties la chercher, en pleine nuit, le calvaire pour Pascale car, la nuit, tous les chiens sont de sortie ! On l’a remontée sur un kilomètre, on a fait un bon gros dodo et on l’a repoussée au petit matin sur les deux kilomètres restants. Pas une seule personne, pas un seul homme, ne nous a aidées. Tous nous ont regardé bêtement, ou en rigolant, voire même en nous indiquant la direction du garage le plus proche. Comme si on ne le savait pas ! Pas un mec s’est bougé, on a halluciné ! Heureusement, on a réussi à la faire réparer : nettoyage du carburateur plein d’essence et hop, hop, hop. Ouf !
[Info moto : un petit bout de carton est venu remplacer un tout trempé entre deux pièces du carburateur. Normal quoi !]

Ouf, on a pu atteindre Ha Giang lors d’une journée sans souci en admirant simplement les paysages. Mais cela ne pouvait être que de courte durée car, le lendemain, la moto chargée et prête à partir, est tombée (par ma faute) ! Une journée de plus à Ha Giang : super ! Mais le hasard fait parfois, et souvent pour nous, bien les choses puisque c’est au garage que nous avons rencontré deux expatriés français de Hanoï qui nous ont vivement conseillé de faire la route qui longe la frontière chinoise, celle qu’on voulait squizzer faute de temps. Du coup, on s’est laissé tenter : Yen Minh, Meo Vac, Dong Van… Et WAOUUUH ! Que dire ? « C’est beau, hein ? ». Pas de mot, les paysages sont à couper le souffle, complètement différents de ceux de Sapa. Ici pas de rizière mais des montagnes / roches karstiques et des plantations de maïs et autre plante non identifiée. Pas un morceau entre deux cailloux n’est laissé à l’abandon, pas une mauvaise herbe, tout est cultivé, entretenu. De vrais fourmis les Viet’, on nous l’avait dit !
[On espère que les photos sur Flickr vous donneront un aperçu de ce sur quoi nous nous sommes extasiées…]

En revanche, ce qu’on ne nous avait pas dit, c’est qu’entre Meo Vac et Bao Lac, il y avait deux routes à prendre mais qu’elles ne se croisaient pas !
[Expliquons ici que, pour notre road trip à moto, on essaie d’emprunter les mêmes routes que celles proposées par des agences de trip à moto. Des routes supposées donc praticables !]

Elles ne se croisaient pas, ça, je l’avais bien vu en étudiant la carte mais, dans ma tête, il était possible de prendre un petit pont près de la rivière. Or, pas du tout ! Après 10 kilomètres à dévaler tant bien que mal sur une route défoncée (et c’est peu dire !) et à se faire ballotter de droite à gauche, la route s’arrête près de la fameuse rivière et… plus rien ! Et là, on se dit 1) que j’aurais mieux fait de ne pas faire de supposition sur les potentiels ponts existants et 2) que Pascale aurait du, elle aussi, regarder la route ! Heureusement, un conducteur de camion de chantier croise nos regards désespérés et nous indique que la route à prendre est « derrière la montagne là-bas ». Snif… Il va donc falloir tout remonter. En première, dans un côté bien raide, avec des cailloux pointus partout : j’A-DO-RE ! Alors pendant que je remonte la moto, Pascale fait son baptême camion. Le gentil chauffeur la prend comme copilote… S’il savait ! Arrivées tout là haut, il nous remontre la vraie route. Oooooooh non, on ne veut pas la prendre !
[Notons que la plupart des gens croisés connaissent uniquement les noms des villages alentours alors retrouver la grande ville la plus proche relève du défi !]

Mais on aura quand même été obligées de la prendre. Pas une route ! Un chemin sur 20 kilomètres à flancs de montagne avec, en prime, des tronçons effondrés et de la végétation partout. Bref, ça devait être une route en 1920 ! Le calvaire aura duré 4h. Minsk a assuré, nous aussi ! Mais plus jamais ça !
[Note aux motards : j’ai eu l’impression de passer ces vingt jours à repasser mon plateau moto avec option motocross et chargement !]

Nos efforts et notre ténacité seront récompensés deux jours plus tard au lac Ba Bê, en plein milieu d’un parc national encore (presque) vierge : « C’est beau, hein ? ».

Bref…

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